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[OVNI-SCIENCES] Revolutionibus

Christophe Meessen christophe at meessen.net
Jeu 17 Nov 01:24:27 CET 2005


  JC Venturini wrote:

>PG > L'ARN/ADN _pourrait_ être en soi une machine de Von Neumann construite
>par une civilisation extraterrestre première pour coloniser la galaxie.
>
>JCV > Ce serait une réponse possible à l'existence de ce MECANO universel
>que constitue le système ARN/ADN, dont la théorie de l'évolution est bien en
>peine d'expliquer l'émergence, alors qu'elle peut fonctionner une fois que
>cette machinerie chimique est en place. Le GAP principal ne se situe pas
>dans l'évolution des espèces mais bien dans la mise en place de cette usine
>complexe, qui porte en elle l'infini des possibilités de la vie, plantes et
>animaux, y compris le développement de la pensée/conscience. Là est
>véritable chaînon manquant. 
>
En fait cette idée est une variante un peu plus plausible de la théorie 
créationiste de l'origine de l'homme et de la vie sur terre. Cependant 
cela ne fait que remplacer un problème par un autre. Cette entité qui 
aurait créé l'ADN et touti quanti serait apparue comment ? Serait elle 
de même créée par une entité préalable ? Ou bien serait elle 
préexistante et éternelle comme on l'affirme pour Dieu ? Cette approche, 
peut-être séduisante pour certains, ne me satisfait pas du tout. Non 
seulement pour la raison que je viens d'exposer mais aussi parce que 
cette supposition n'a pas lieu d'être.

Contrairement à ce que vous laissez entendre pour l'émergence de l'ARN 
et de l'ADN, je suis assez confiant que c'est un pur produit de la 
nature et même de l'espace. En appliquant le principe de banalité je 
pense même que ces molécules et le rôle fondamental qu'elles jouent est 
très répandu dans l'univers. J'arrive à cette idée en me basant sur les 
informations suivantes :

D'une part, l'observation de la présence de molécules organiques dans 
l'espace. Il y en a des simples comme du CO2 mais aussi des plus 
complexes comme des acides aminés et mieux encore des sucres. Or cette 
dernière observation est la plus impressionnante et la plus importante 
qu'on ai pu faire à ce jour pour ce qui nous intéresse, car il faut 
savoir que l'ARN et l'ADN sont en fait des chaînes de sucres (ribose et 
désoxyribose) [http://fr.wikipedia.org/wiki/Ribose]
[http://fr.wikipedia.org/wiki/ARN] 
[http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A52311-2004Sep26.html]. 
Ainsi les composants élémentaires des protéines, mais aussi de l'ARN et 
de l'ADN, sont présent dans l'espace.

D'autre part, le raisonnement d'une logique implaquable de Christian de 
Duve exposé dans son dernier livre Singularité. Généralement on oppose à 
l'idée de l'émergence naturelle et spontanée de l'ARN, de l'ADN et des 
mécanismes de réplications qu'elle est trop improbable car très 
complexe. On peut faire l'analogie avec une loterie dont chaque billet 
comporte un nombre de 7 chiffres. La probabilité de gagner est de 10^-7 
ce qui rend le gain effectivement fort improbable. Or Christian de Duve, 
lui, nous présente un truc très simple qui permettrait malgré tout de 
gagner systématiquement la cagnotte avec une probabilité de 99.9% ! 
Étonnant n'est-ce pas ? Comment cela est-il possible ?

Et bien, en disposant de 70 millions de billets de loterie, pardi ! Au 
lieu d'avoir une seule chance de réaliser l'improbable on multiplie ces 
chances et donc la probabilité passe à 99.9%. C'est de la probabilité de 
niveau lycée. Si on dispose de n billets. Il faudrait que les n billets 
soient perdant pour ne pas gagner. La probabilité de ne pas gagner avec 
n billets est donc (1-p)^n où p est la probabilité de gagner. La 
probabilité de gagner avec n billets, ou n tirages, est de 1 - (1-p)^n . 
Donc même si la probabilité de ne pas gagner (1-p) est très très proche 
de 100%, la multiplication des essais va réduire cette probabilité 
jusqu'à devenir inférieur à 0.001.

Ainsi, dès lors que la probabilité de réalisation n'est pas nulle, elle 
se réalisera tôt ou tard tant qu'on procède à des essais. On combine les 
essais effectués en parallèle en disposant beaucoup de billets, ou bien 
dans le temps avec plusieurs tirages consécutifs. Le hasard n'intervient 
que dans le délai qu'il faudra attendre pour que l'évènement se produise 
et non plus sur sa manifestation qui devient inéluctable dès lors que 
l'on effectue continuellement des essais. Et ceci même si ces essais 
sont totalement aléatoires et la probabilité de succès est 
extraordinairement faible.

Transposez ce raisonnement à l'ARN et l'ADN, ou même à des systèmes 
métaboliques plus complexes. Il ne suffit pas de tenir compte de la 
probabilité de succès d'un seul essai. Il faut aussi tenir compte du 
nombre d'essais et là les choses changent de tout au tout. Surtout si 
l'on intègre la première information qui laisse penser que les 
différents essais chimiques qui pourraient avoir conduit à l'émergence 
de l'ADN ou de l'ARN pourraient bien s'être déroulés dans l'espace et 
non plus uniquement sur une planète paradisiaque comme la terre et dans 
la mer. Ces essais chimiques pourraient trouver leur énergie dans les 
divers rayonnements tels que les UV qui ne sont pas gênées pas les 
distances interstellaires. Les essais se produiraient en parallèle dans 
un volume beaucoup plus grand qu'une simple surface de planète comme la 
terre. Bien évidemment la concentration de matière première dans 
certaines zones de l'espace pourrait jouer un rôle particulièrement 
favorable. La distribution de ce bouillon de culture de matière vivante 
ne serait donc pas uniforme dans l'espace. Cependant il est tout à fait 
raisonnable de penser qu'un très grands nombres d'îlots puissent exister 
tout comme il existe un très grand nombre d'étoiles et de galaxies.

C'est la justification mathématique de la  fameuse lois de Murphy.. Vous 
trouverez diverses variantes exotiques et plus humoristiques que 
logiquement correcte via le site web suivant

Ainsi donc Christian de Duve  nous donne la justification mathématique 
du principe de Murphy que les informaticiens et les ingénieurs 
connaissent bien:  "Toute catastrophe qui peut se produire se produira" 
[http://www.courtois.cc/murphy/murphy.html], mais que l'on peut aussi 
résumer plus positivement comme suit. Tout ce qui est possible se 
produira tôt ou tard dès lors qu'on lui donne suffisamment 
d'opportunités pour se manifester.

L'émergence de l'ADN et de l'ARN s'explique donc très bien et très 
simplement avec ce principe et je m'attends à ce qu'on en trouve tôt ou 
tard dans l'espace de même que divers proto-métabolismes. L'apparition 
de la vie intelligente est donc à mon avis un processus parfaitement 
naturel, inéluctable et distribué dans l'espace dès lors que la 
possibilité de la réaliser est suffisamment fréquente et répartie dans 
l'espace. Notez que ce principe s'applique tout autant aux voyages 
interstellaires. Si c'est possible, alors tôt ou tard au moins une 
civilisation ET aura acquis la compétence pour le faire et l'aura fait.

Le paradoxe de Fermi devient donc de plus en plus paradoxal et il est 
vraiment très surprenant de voir des astrophysiciens comme Hendecourt et 
des revues pourtant sérieuse comme Ciel&Espace soutenir de façon aussi 
exclusive et ostentatoire l'idée que l'homme serait seul dans l'univers. 
Cela relève de l'anthropisme, ce courant philosophique qui soutient que 
l'homme est seul dans l'univers et le sommet universel de l'évolution. 
L'anthropisme est un lambeau de cette conception archaïque qui plaçait 
l'homme et la terre au centre de l'univers.

La révolution copernicienne a conduit à reconsidérer cette conception en 
plaçant le soleil au centre de l'univers. Elle a été suivie par l'autre 
révolution où le soleil n'était plus le centre de l'univers. Aujourd'hui 
nous sommes apparemment confrontés à l'ultime révolution qui est le 
renoncement à l'idée que l'homme serait une singularité de l'univers. La 
pression ne cesse d'augmenter mais tant qu'il n'existe pas de preuve 
matérielle de l'existence de vie extraterrestre même primitive, le doute 
et les espoirs les plus désespérés sont encore permis comme Ciel&Espace 
nous en a fait la démonstration.

Pourtant le scientifiquement correct devrait nous inciter à la prudence 
et la réserve sur cette question. C'est pourquoi le dossier que l'on 
peut trouver dans le dernier Ciel&Espace qui prétend traiter la question 
de la nécessité de poursuivre le programme SETI est tout à fait 
surprenant. Ce qui est néanmoins intéressant est qu'il apparaît assez 
clairement que le paradoxe de Fermi est devenu la dernière ligne de 
défense de ceux qui cherchent à faire valoir l'idée que l'homme est seul 
dans l'univers.

Or en fait il n'y a pas de paradoxe, mais uniquement un problème mal 
posé. La question ne devrait pas être "Mais où sont ils ?", mais plutôt 
"Pourquoi ne les voyons nous pas?". En effet, la première forme ne remet 
pas en question notre capacité de percevoir leur présence. Pierre 
Lagrange souligne très justement cette faiblesse de la logique en 
faisant référence au film Contact. La deuxième forme de questionnement 
est donc plus correcte puisqu'elle intègre la composante perceptive. Si 
on peut effectivement envisager que l'homme serait seul dans l'univers, 
il faudrait cependant commencer par vérifier que notre perception est 
bien adéquate. Il est en effet surprenant de voir présenté dans une 
revue à prétention scientifique le raisonnement que si on ne voit rien 
c'est que cela n'existe pas. Peut-on être certains que nous aurions dû 
percevoir les signes de l'existence de civilisations ET ?

Lorsqu'on discute de la pertinence d'un projet comme SETI, cette 
question devient fondamentale. Surtout lorsqu'on en vient à suggérer 
comme le fait Hendecourt qu'il est temps de mettre fin à cette recherche 
car elle n'a donné aucun résultat. L'espace de recherche qu'on peut 
explorer avec cet instrument a-t-il été épuisé ? Si c'est le cas 
pourrait-on effectivement en déduire sans risque d'erreur que la vie 
intelligente ET est inexistante ? Cette défaillance est pour moi la 
preuve que le problème est toujours aussi mal posé et mal compris, et 
cela depuis 1950.
 
Comme je l'avais déjà exprimé sur cette liste, le seul vrai paradoxe 
dans cette histoire est d'exclure le phénomène ovni de la réflexion. 
Nous sommes aujourd'hui encore confrontés à un véritable obscurantisme 
des scientifiques à l'égard du phénomène ovni. Dans l'article précédent 
de Ciel&Espace l'auteur avait signalé que le phénomène ovni avait été 
évoqué comme possible signe de civilisation ET mais qu'il aurait été 
aussi tôt écarté. Aucune justification n'avait été donnée. Pourtant 
c'est tout à fait lié au problème de perception. Serait-il possible que 
l'on aurait tout simplement écarté les signes de l'existence de 
civilisation ET au prétexte qu'elles seraient considérées aberrantes ? 
Mais selon quel critère ?

Il semble bien que cette perception sélective soit en fait justifiée par 
le préjugé que l'homme serait seul dans l'univers. Après voir écarté ces 
données au prétexte qu'elles seraient aberrantes, on nous affirme 
ensuite, en invoquant le paradoxe de Fermi, que l'absence de données en 
faveur de l'existence de civilisation ET est la preuve que nous sommes 
seuls. La seule chose d'aberrante ici est l'usage abusif de la sélection 
de données qui introduit un biais faussant l'analyse. L'obscurantisme 
scientifique à l'égard du phénomène ovni ne fait qu'entretenir ce 
fourvoiement.

Ainsi donc, aussi étonnant que cela puisse paraître, nous sommes 
apparemment confrontés à une situation équivalente à celle qui a donné 
lieu à la révolution copernicienne d'il y a bientôt 500 ans. 
[http://www.renaissance-amboise.com/dossier_renaissance/ses_personnages/Copernic/copernic.php] 
C'est dans un ouvrage dont le titre était "De Revolutionibus orbium 
coelestium" (Des révolutions des orbes célestes) que Copernic aurait 
pour la première fois représenté le soleil au centre de l'univers au 
lieu d'y placer la terre. Aujourd'hui la révolution porterait 
apparemment sur l'idée que l'homme n'est pas seul dans l'univers et 
qu'il cohabite avec d'autres civilisations dont certaines pourraient 
être évolutivement beaucoup plus avancées que lui. Visiblement l'homme a 
encore toujours autant de mal à se détacher de ses conceptions 
anthropocentriques primales. N'est-ce pas surprenant ?


Pour en revenir à la discussion de départ je pense qu'on peut dire sans 
prendre trop de risque d'erreurs que l'émergence de l'ADN et de l'ARN 
découle d'un processus parfaitement naturel, distribué dans l'espace et 
inéluctable. Aujourd'hui nous pouvons être très confiant dans l'idée que 
les processus physiques et chimiques qui régissent la formation et 
l'évolution des étoiles et des galaxie que nous avons pu découvrir et 
suivre à très grande distance avec nos télescopes sont les mêmes 
partout. Il n'y a aucune raison de penser qu'il pourrait en être 
différemment pour les processus chimiques et physiques qui peuvent 
conduire à l'émergence et l'évolution de la vie.

Pour compléter l'argument de Christian de Duve j'ajouterai qu'en plus du 
nombre d'essais, il y a aussi la capitalisation et de partage du 
"savoir" qui jouent un rôle déterminant. Ce sont ces principes 
fondamentaux qui sont à l'origine de l'évolution à croissance 
exponentielle dont nous sommes témoins et acteurs. Au départ, dans sa 
forme la plus primitive, ce sont des molécules tels que l'ARN et l'ADN 
qui ont été les porteurs du progrès et de cette croissance. Avant, les 
réactions chimiques faisaient et défaisaient les choses simplement au 
hasard. Avec l'ARN et l'ADN est apparu un système qui assurait la 
persistance des acquis tout en offrant suffisamment de degré de liberté 
pour coder d'une façon simple une très grande variété de solution et de 
combinaisons de celles-ci. L'amplification à rendu possible 
l'exploration en parallèle d'un maximum de variantes ainsi que la 
diversification.

Plus tard le rôle de ce vecteur de progrès fut supplanté et dépassé par 
la mémoire, la parole, l'écriture, l'imprimerie, l'ordinateur, internet 
et les outils tels que wikipedia ou les blogs. Ce sont chaque fois de 
nouveaux relais de croissance et d'évolution qui se mettent en place et 
qui accélèrent d'avantage le processus. Mais en fait c'est toujours le 
même principe fondamental qui est en action. Il intervient simplement à 
différentes échelles.

C'est cela qui me conduit à l'idée qu'il n'y aurait finalement pas de 
grand architecte derrière tout cela et que la complexité, le raffinement 
et l'intelligence de ce que nous voyons autour de nous est simplement 
une gigantesque et non moins superbe fractal dont les principes 
d'organisations élémentaires sont extrêmement simples mais démultipliés 
en très grands nombres à diverses échelles. Nous n'en serions alors 
qu'un simple élément tel qu'un cristal de glace qui en arrive à douter 
qu'il existerait d'autres cristaux de glace dans l'univers....

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Bien cordialement,

Ch. Meessen


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