[OVNI-SCIENCES] Rappel: documentaire ARTE ce soir
GBourdais
gbourdais at wanadoo.fr
Mar 14 Juin 17:26:37 CEST 2005
----- Original Message -----
From: <onosendai at free.fr>
To: "Christophe Meessen" <christophe at meessen.net>
Cc: <debat at ovni-sciences.net>
Sent: Monday, June 13, 2005 2:31 PM
Subject: Re: [OVNI-SCIENCES] Rappel: documentaire ARTE ce soir
>
> Pour le reste ça mériterait une bonne explication avec Lagrange directement pour
> qu'il puisse nous éclairer sur les zones d'ombre que vous avez soulevé.
> D'ailleurs lors du repas Lagrange a pu expliquer très simplement à Gildas que
> la fameuse légende de la photo (sur le sang vert de l'extraterrestre de Roswell
> alors que c'était un film en noir et blanc) avait été en fait rajouté... par le
> journaliste de Science et Vie.
>
Bonjour,
Vous me donnez l'occasion de revenir sur ce débat du mardi 7 juin au
repas de La Défense.
Vous avez une mémoire très sélective !
En fait, j'ai présenté deux exemples de ce que j'appellerai la
"démarche" de Lagrange : principalement, un mensonge grave sur le
rapport du GAO ; accessoirement, la bavure du sang vert dont il vaut
mieux rire que pleurer. Je rappelle les faits le plus
brièvement possible.
Au premier semestre de 1995, tout le monde attendait le rapport du GAO,
la commission d'enquête du Congrès. Le GAO avait lancé son
enquête sur Roswell début 1994 à la demande du député Steven Schiff qui
était furieux de n'avoir rien obtenu du Pentagone, malgré
ses demandes répétées d'informations sur Roswell. Dès juillet1994,
l'USAF, qui jusque là restait muette sur Roswell, avait alors
présenté sa nouvelle explication (avec un premier rapport de 22 pages
publié le 8 septembre, qui deviendra un rapport de mille
pages en octobre 1995, ne prouvant rien), du train de ballons Mogul 4,
en remplacement de son explication de 1947, d'un seul
ballon météo avec cible radar. L'USAF coupait ainsi l'herbe sous les
pieds du GAO, qui n'a rien dit mais a continué son enquête.
Le 28 juillet 1995, le GAO a remis son rapport au député Schiff, qui
l'a aussitôt rendu public. Il constatait que des parties
importantes des archives de Roswell avaient été détruites, sans
instruction écrite. Et sa seule opinion, exprimée discrètement, était
que "le débat sur ce qui s'est écrasé à Roswell continue" ("The debate
on what crashed at Roswell continues").
C'est là qu'arrive Lagrange. Il a écrit dans "Libération" du 8 août qur
le GAO avait accepté l'explication des ballons (je cite :
"les conclusions de l'enquête du GAO reprennent la version de 1994 de
l'US Air Force") : mensonge éhonté ! Il a été repris, dans
le même journal, du 31 août. Le magazine "Le Point" du 16 septembre,
dans un dossier se référant à Lagrange, a osé aller plus loin
(p 79) : "Le 28 juillet dernier, le Congrès confirme sobrement la
version militaire". Le seul mot qui convient est "sobrement", mais
pour dire exactement le contraire : le GAO avait refusé sobrement
l'explication ridicule des ballons ! On sait, en fait, que le
Congrès et sa commission ont joué "profil bas" et ont évité une
confrontation directe avec le Pentagone. Selon Karl Pflock, on a
même prié le GAO de mettre fin rapidement à son enquête. Mais on savait
ce qu'ils en pensaient, comme le montrent les articles de
l'époque, par exemple celui d'excellents enquêteurs, Jack Anderson et
Michael Binstein dans le "Washington Post" du 1er juin 1995.
Selon une source proche du GAO, celui-ci se rendait compte qu'ils
étaient sur quelque chose de très gros ("something big") mais
qu'ils n'arrivaient pas à savoir quoi car les portes restaient closes.
Que de cachoteries pour des ballons !
En 1996, je me suis trouvé face à Lagrange à un débat télévisé sur FR3.
Je lui ai fait cette observation, mais il m'a alors répliqué que cette
opinion du GAO n'était pas dans le rapport, que c'était seulement dans
la lettre adressée à Steven Schiff. Mais c'était un mensonge de plus !
C'est bien dans la page 1 du rapport. J'ai eu du mal à l'expliquer,
même à mon ami Joël Mesnard qui avait vu l'émission, et j'ai dû poster
une copie complète du rapport à un autre correspondant, qui a fini par
le comprendre.
Quand j'ai rappelé ceci à Lagrange au repas de mardi dernier, brièvement
parce que je ne pouvais abuser de mon petit temps de parole, il est
d'abord resté silencieux, mais ensuite, en reprenant la parole, loin de
s'excuser pour son "erreur", il a tenté une explication confuse du
genre : "Le GAO, c'était compliqué... ; j'en avais parlé avec
"Steve Schiff"....". Justement, le député Steven Schiff avait déclaré
son intention de ne pas en rester là et de continuer à enquêter (il n'a
pu le faire, étant mort d'un cancer de la peau un an ou deux plus tard,
je n'ai pas la date en tête).
Maintenant, sur le sang vert du film en noir et blanc, oui, Lagrange
s'en est expliqué : c'était d'abord une bourde de ses collègues de
"Science et Vie" (en légende d'une photo dans le numéro d'août 95 :
"La preuve par le sang vert" !). Mais, comme je lui ai rappelé que le
sang vert était aussi dans son article de "Libération" du 8 août, il
a alors expliqué qu'il n'avait fait que téléphoner au journaliste, qui
avait écrit l'article qu'il avait cosigné ! Cette bêtise du sang verte
est si ridcule que je veux bien le croire, mais il y a là au moins deux
remarques à faire : 1) voilà un article d'un grand quotidien, cosigné
Lagrange, qu'il n'avait pas lu avant impression ; 2) cette bêtise a
été recopiée par de nombreux journaux, tels que "Télérama" du 9 août
et "Le Parisien" du 30 août. Il faut quand même rappeler que les
premières images de l'autopsie avaient été diffusées sur TF1 dès
fin juillet, sauf erreur de ma part, et par VSD début août. J'ai envie
de paraphraser un adage célèbre : "mentez, mentez, il en restera
toujours quelque chose !"
Vous voyez, il y a quelque chose de décourageant dans votre message,
Onosendai. Vous dites qu'il faut s'expliquer avec Lagrange.
Je l'ai fait, et même plusieurs fois, mais vous semblez ne pas
comprendre. Je le répète : le mensonge sur le GAO, qu'il a publié en
1995, et qu'il continue à défendre aujourd'hui, c'est très grave, quoi
qu'on pense, d'ailleurs, de Roswell. Et j'ose le dire, c'est honteux.
Et ne me dites pas non plus que c'est une "erreur isolée". Elle
s'inscrit en fait dans un ensembe d'erreurs, de caricatures et de
mensonges, dans son livre "La rumeur de Roswell", en si grand nombre
qu'on ne peut les compter. (Voir, rien que sur les témoignages, mon
article "Roswell et la rumeur de Roswell", sur le site Ufocom).
Incidemment, ce livre, paru en novembre 1996, cite longuement le rapport
du GAO (pp. 170, 171) mais, bien sûr, omet la phrase clé que je viens
de citer. J'ajoute qu'il n'e s'en prend pas seulement à Roswell, mais
tend bien à discréditer toute l'ufologie. C'est ce qu'a compris son
éditeur (La Découverte) qui écrit en quatrième de couverture :
"L'auteur... montre comment l'invention des soucoupes volantes, puis
celle des "crashes d'OVNI" sont devenues des légendes modernes qui ne
sont pas près de disparaître de l'imaginaire de nos contemporains".
Voilà : l'invention des soucoupes, les légendes modernes,
l'imaginaire : les ovnis sont liquidés en quelques mots.
Pour résumer, si Lagrange veut repartir à zéro, très bien, c'est ce
qu'il a de mieux à faire. Mais par pitié, qu'il ne joue pas
maintenant au donneur de leçons.
Maintenant, à l'attention de Patrick Gross. Vous avez écrit dans votre
message du 13 juin, pour la défense de Lagrange :
"Par exemple, dans une récente émission de TV de France 2, l'animateur
Jérôme Bonaldi a montré un ballon météo en expliquant que
"les OVNIS, c'est ça." (Il avait peut-être l'incident à Roswell en
tête).
Lagrange présent sur le plateau a démenti fermement en disant que les
gens ne sont pas systématiquement des idiots qui prennent
les ballons pour des soucoupes volantes."
Je regrette, mais je n'ai pas vu cette scène comme vous. Bonaldi a
conduit Lagrange devant un ballon météo et a dit : "Tiens, un
OVNI !", puis il l'a planté là. Lagrange en est retsé quasiment muet.
Bien sûr, que Bonaldi faisait allusion à Roswell. Pour moi,
ça s'appelle une jolie mise en boite.
Moi, j'ai encore un autre souvenir télévisuel. En juin 1997, tout le
monde attendait le second gros livre de l'USAF, "Roswell Case Closed"
dans lequel on expliquait que les témoins croyant avoir vu des cadavres
d'extraterrestres en 1947 avaient vu en fait des mannequins en bois pour
essais de parachutes dans les années 50 (même Philippe Klass s'en est
moqué). J'avais été appelé un lundi après-midi à mon travail pour me
dépêcher d'aller au studio LCI, pour commenter ça. J'étais assez ennuyé
car j'avais commandé le livre mais je ne l'avais pas encore reçu. J'y ai
trouvé Lagrange, sur le plateau de Pujadas, en possession du bouquin,
qu'il a présenté comme la vérité tombant du Pentagone. Mais il y avait aussi
Velasco, en direct et en duplex de Toulouse, qui l'a contredit
complètement. Je crois deviner que, à Toulouse, ils avaient peut-être,
avec Velasco, un petit compte à régler.
Cordialement,
Gildas Bourdais
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